Syrie – Grégoire III Laham : « Ne nous laissez pas disparaître ! »

Grégoire III Laham est patriarche grec-melkite catholique d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem. Cette profusion de titres contraste avec la simplicité et l’humilité de ce religieux syrien à la foi inébranlable.

Dans un livre d’entretien accordé à la journaliste Charlotte d’Ornellas, Grégoire III nous livre une remarquable analyse de la guerre en Syrie.

Veulerie de l’occident, manipulations saoudiennes et qataris, sauvagerie des islamistes, rien ne manque y compris hélas, le découragement de nombreux chrétiens et l’avenir sombre de sa patrie. « Comment ne pas se sentir trahi par tous ces gouvernements occidentaux qui parlent de paix et défilent en Arabie Saoudite, pays qui a déversé des milliards pour détruire la Syrie ? ».

Il souligne avec force le rôle joué par l’argent dans le déclenchement des révoltes qui n’ont jamais rien eu de spontanées : « Nombreux sont ceux qui ont été payés pour se battre, payés pour s’opposer, payés pour manifester ». Et de citer le cas de cette musulmane qui servait dans une famille chrétienne et a brutalement disparu : »J’ai arrêté de travailler parce que je gagne désormais 30 000 LS par mois en allant manifester chaque jour. C’est mieux que 15 000 LS ».

Grégoire III juge également la politique migratoire européenne avec une lucidité remarquable : « Ce tsunami migratoire est une catastrophe. Le musulman ne peut comprendre ce monde laïc, les chrétiens sont choqués par cette présence musulmane très revendicatrice, les athées mettent tout sur le même plan…Comment est-il possible que l’Union européenne refuse de reconnaître les racines chrétiennes de l’Europe ? C’est tout simplement honteux mais révélateur d’une perte d’identité dramatique. Le danger est vraiment immense : tout le monde risque de se dissoudre dans un grand vide ». En lisant cela on peut comparer avec les évêques français…

Nos défauts sont relevés parfois avec humour par cet homme si fin : »A Noël les ambassadeurs français et britanniques me souhaitent « de bonnes fêtes de fin d’année » tandis que celui d’Iran me souhaite une belle fête de Noël en accompagnant ce souhait de quelques versets coraniques qui parlent de Jésus. N’ayant pas trop d’avis sur la « fin d’année », je constate simplement que le dialogue avec l’ambassadeur d’Iran est plus intéressant ! »

Et ce reproche si vrai : « Votre problème à vous, c’est que vous êtes incapables de témoigner de quoi que ce soit, vous ne savez plus qui vous êtes ».

Mais c’est bien sûr vers ses fidèles et ses prêtres que vont avant tout ses prières et il leur rend un hommage vibrant : « Je suis depuis six ans à l école de la foi de mes fidèles. C’est franchement admirable. C’est pourquoi je veux féliciter tous ceux qui sont restés. L’immense majorité de nos prêtres est restée et j’en suis fier. »

Lisez ce petit livre qui nous révèle une personnalité exceptionnelle et je saisis l’occasion de rendre ici hommage au travail de Charlotte d’Ornellas dont les nombreux articles et vidéos réalisées sur le terrain contribuent grandement à lutter contre l’immense désinformation qui entoure le conflit syrien.

Ne nous laissez pas disparaître. Editions Artège; 130 pages; octobre 2016

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