Jean Madiran, 1920-2013, Il y a dix ans !

 

Jean Madiran s’est éteint en 2013 , quelques semaines après Benoît XVI. Yves Chiron, à l’occasion des dix ans de la mort de Jean Madiran, retrace avec intelligence cette vie au service  de la défense de la foi.

Une plongée dans l’histoire du traditionalisme et un bel hommage à un défenseur de la foi. L’abbé Louis-Marie Carlhian de la Fraternité Saint-Pie X, nous livre son analyse intéressante :

“Après le Père Eugène de Villeurbanne, Dom Gérard Calvet et Katharina Tangari, Yves Chiron s’attaque à une nouvelle figure de la résistance aux réformes contemporaines de l’Église, et quelle figure ! Jean Madiran protesta pendant soixante ans contre la révolution progressiste. Dans les colonnes d’Itinéraires puis de Présent, il dénonça inlassablement les déviations doctrinales, dévoila les impostures du modernisme renaissant, encouragea les catholiques fidèles. Pour traiter un sujet aussi vaste et brûlant, Yves Chiron peut s’appuyer sur une correspondance de longue date avec Madiran, mais aussi de nombreux entretiens directs avec lui-même et ses proches, et surtout ses archives personnelles dont il est dépositaire. Autant dire une riche documentation qui annonce une biographie très complète.

Jean Madiran est toujours resté très discret sur sa vie personnelle, c’est pourquoi nombre de détails seront des révélations pour le lecteur. On suit la formation d’un jeune Bordelais découvrant auprès de Charles Maurras une école de rigueur et de logique, et auprès des frères Charlier une foi active, profonde et vivante. Le jeune Jean Arfel enseigne la philosophie à l’école des Roches, collabore sous divers pseudonymes à des publications monarchistes, avant de se lancer dans les années 50 dans la controverse anticommuniste, qui l’amène déjà à critiquer la complaisance d’une partie de l’Église de France envers le gauchisme qui envahit la société. Dès lors, Madiran – le nom de plume sous lequel il restera plus connu – est marqué du sceau de l’infamie par les milieux intellectuels catholiques, cette « relégation sociologique » qu’il a tant combattue. Il a beau fonder la revue Itinéraires, rassembler des collaborateurs de grande qualité, il ne s’attire qu’une mise en garde des évêques de France et des entrefilets méprisants pour une publication « national-catholique », « maurrassienne », « réactionnaire », « intégriste »… Des qualificatifs qu’il récuse au nom de sa fidélité au Magistère. Et vient la déflagration du Concile. Le vent tourne. Les suspects de modernisme d’hier deviennent les maîtres à penser de l’heure, au nom de l’esprit, mais aussi souvent de la lettre, de Vatican II. Madiran s’obstine, décortique patiemment et avec une logique implacable le jargon néo-moderniste qui masque la révolution dans l’Église. Il choisit la stratégie de la protestation, surtout par la « Réclamation au Saint-Père » autour des trois fondamentaux : « Rendez-nous le catéchisme, l’Écriture sainte et la Messe. » Ce sont les grandes heures de combat des années 70, où Itinéraires s’engage à fond contre la Nouvelle Messe, et aux côtés de Mgr Lefebvre, relayant la Déclaration de 1974, publiant un numéro spécial sur « la condamnation sauvage de Mgr Lefebvre », allusion au qualificatif de « sauvage » accolé injustement au séminaire d’Ecône par l’épiscopat français. Ce sont aussi les nuances, voire les divergences entre figures de proue du traditionalisme, souvent portées à des positions tranchées, en particulier la question du sédévacantisme : Madiran s’efforce de favoriser une certaine union des traditionalistes sans rencontrer le succès escompté.

A partir du début des années 1980, Jean Madiran s’engage plus profondément dans le combat politique, auprès de Bernard Antony d’abord, puis autour du quotidien Présent dont il est l’un des fondateurs et rédacteur jusqu’à sa mort. D’autre part l’espoir d’un apaisement favorisé par l’élection de Jean-Paul II le conduit à adopter un ton moins polémique que sous Paul VI. Et en 1988, en pleine année d’élection présidentielle, se pose la question des sacres à Ecône… Faut-il soutenir Mgr Lefebvre dans sa décision de rejeter les accords et de procéder aux sacres sans mandat pontifical ? Yves Chiron retrace minutieusement l’attitude de Madiran, qui prend ses distances avec Mgr Lefebvre, et n’ose pas le soutenir comme il l’a fait lors de la condamnation de 1976, tout en suivant de près l’affaire. Lassitude du combat ? Crainte du schisme, ou tout au moins de la création d’un ghetto autour de la Fraternité ? Espoir d’un mouvement traditionaliste reconnu par Rome ? Quoi qu’il en soit, ce refus de trancher fut perçu comme une dérobade par Mgr Lefebvre et nombre de lecteurs d’Itinéraires, ce qui entraîna une chute des ventes de la revue, puis sa disparition. Le journaliste en concevra évidemment de l’amertume, sans pour autant condamner les sacres comme schismatiques. Des années plus tard, interrogé à l’occasion du film Monseigneur Lefebvre, un évêque dans la tempête, il déclarera : « A l’époque je n’étais pas capable de porter un jugement » et reconnaîtra que les sacres ont permis à la Fraternité Saint-Pie X de perdurer. Yves Chiron n’oublie pas de le mentionner, mais cite un autre passage plus explicite et non gardé dans le montage final : « Je pense qu’il est difficile de trouver que [Mgr Lefebvre] ait eu tort à 100 %, et même à 50 % ». Ce qu’on se gardera de considérer comme une adhésion rétrospective aux sacres.

Après avoir retracé les dernières années de Madiran, qui s’éteint quelques semaines après la démission de Benoît XVI, Yves Chiron laisse à son habitude le lecteur tirer les conclusions de son ouvrage. Bon récit des combats autour du Concile, cette biographie constitue une précieuse mise en relief d’une œuvre incontournable du combat pour la Messe et la Tradition, et encourage d’autant plus à se (re)plonger dans les centaines de pages de lumineuse défense de la Foi et de la Loi naturelle que nous offrent Itinéraires et les livres du grand controversiste.”

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Jean Madiran, 1920-2013, Yves Chiron, Editions D.M.M., 570 pages, 29€

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