Le pape François supprime Ecclesia Dei, abroge Summorum Pontificum, et rallume la guerre liturgique

Le pape François a publié ce jour le Motu Proprio Traditionis custodes qui supprime ce qu’il restait de la commission Ecclesia Dei. Il y révoque encore toutes les dispositions prises par le Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Alors que Jean-Paul II avait accordé une certaine tolérance à l’usage de la messe traditionnelle tout en condamnant la Tradition et les sacres épiscopaux de 1988, Benoît XVI avait reconnu le droit de tout prêtre à célébrer la messe traditionnelle, sans pour autant remettre en cause le missel néo-protestant de Paul VI.

Le temps des compromis semble révolu.

Le texte du pape François est clair : toutes les dispositions antérieures sont annulées. Seul le missel de Paul VI a droit de cité, et si l’évêque diocésain est encore en droit de tolérer la messe traditionnelle en certains cas toujours plus restreints, c’est uniquement pour « pourvoir au bien de ceux qui sont enracinés dans la forme précédente de célébration et qui ont besoin de revenir en temps voulu au rite romain promulgué par les saints [sic] Paul VI et Jean-Paul II » (lettre d’accompagnement adressée aux évêques).

Outre la dureté de ton de ce Motu Proprio et de la lettre l’accompagnant, deux premiers constats s’imposent :

1- Les Instituts dits Ecclesia Dei sont en danger de mort, tout simplement parce que la Commission romaine initialement fondée pour les protéger est désormais entièrement détruite. Aussi les mois à venir risquent sans doute de rebattre profondément la configuration du monde ecclésial traditionnel. Des moments particulièrement difficiles se préparent hélas pour ces Instituts, leurs membres et leurs fidèles. Les grandes luttes des années 70 vont sans doute reprendre, car nouveau motu proprio est une véritable déclaration de guerre faite à la messe traditionnelle.

2- Le combat dans la crise de l’Église retrouve d’une certaine manière une vraie cohérence. En effet, il n’est pas possible de dissocier les aspects doctrinaux et liturgiques. Si le pape François affirme que « les livres liturgiques promulgués par saint Paul VI et saint Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, sont l’unique expression de la lex orandi du rite romain », la déclaration solennelle que Mgr Lefebvre faisait le 21 novembre 1974 redouble d’actualité : « On ne peut modifier profondément la lex orandi sans modifier la lex credendi. A messe nouvelle correspond catéchisme nouveau, sacerdoce nouveau, séminaires nouveaux, universités nouvelles, Église charismatique, pentecôtiste, toutes choses opposées à l’orthodoxie et au magistère de toujours. »

Ce motu proprio aussi dramatique qu’agressif illustre à quel point la guerre entre l’Église catholique et le parasite conciliaire qui l’agresse est une lutte à mort. En ces temps difficiles et ô combien troublés, plus que jamais les âmes ont besoin de la doctrine catholique et des sacrements véritables. Plus que jamais l’Église a besoin d’évêques intégralement catholiques, secondés par des prêtres désireux non seulement de garder la messe de toujours, mais prêts à défendre les plus grands biens de l’Église contre toute attaque, quoiqu’il puisse leur en coûter personnellement. Prions pour eux.


LETTRE APOSTOLIQUE
EN FORME DE MOTU “PROPRIO”
DU HAUT PONTIF

FRANCESCO

“TRADITIONIS CUSTODES”

SUR L’USAGE DE LA LITURGIE ROMAINE AVANT LA RÉFORME DE 1970

Gardiens de la tradition, les évêques, en communion avec l’évêque de Rome, constituent le principe visible et le fondement de l’unité dans leurs Églises particulières. [1] Sous la conduite de l’Esprit Saint, par l’annonce de l’Évangile et par la célébration de l’Eucharistie, ils gouvernent les Églises particulières qui leur sont confiées. [2]

Pour promouvoir l’harmonie et l’unité de l’Église, avec une sollicitude paternelle envers ceux qui, dans certaines régions, ont adhéré aux formes liturgiques antérieures à la réforme voulue par le Concile Vatican II, mes vénérables prédécesseurs, saint Jean-Paul II et Benoît XVI, ont accordé et réglementaient la faculté d’utiliser le Missel romain publié par saint Jean XXIII en 1962. [3] De cette manière, ils entendaient « faciliter la communion ecclésiale à ces catholiques qui se sentent liés à certaines formes liturgiques antérieures » et non à d’autres. [4]

Suite à l’initiative de mon vénérable prédécesseur Benoît XVI d’inviter les évêques à vérifier l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum , trois ans après sa publication, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a procédé en 2020 à une large consultation des évêques, la dont les résultats ont été soigneusement examinés à la lumière de l’expérience acquise ces dernières années.

Maintenant, après avoir considéré les vœux formulés par l’épiscopat et écouté l’avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, je souhaite, avec cette Lettre apostolique, continuer encore plus dans la recherche constante de la communion ecclésiale. Par conséquent, j’ai trouvé approprié d’établir ce qui suit :

Article 1. Les livres liturgiques promulgués par les Saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, sont la seule expression de la lex orandi du Rite romain.

Article 2. L’évêque diocésain, en tant que modérateur, promoteur et gardien de toute la vie liturgique dans l’Église particulière qui lui est confiée, [5] est chargé de régler les célébrations liturgiques dans son propre diocèse. [6] Par conséquent, il est de sa compétence exclusive d’autoriser l’utilisation du Missale Romanum de 1962 dans le diocèse, en suivant les directives du Siège Apostolique.

Article 3. L’évêque, dans les diocèses où il y a jusqu’à présent la présence d’un ou plusieurs groupes célébrant selon le Missel avant la réforme de 1970 :

§ 1. est de veiller à ce que de tels groupes n’excluent pas la validité et la légitimité de la réforme liturgique, des préceptes du Concile Vatican II et du Magistère des Souverains Pontifes ;

§ 2. indique un ou plusieurs lieux où les fidèles adhérents à ces groupes peuvent se réunir pour la célébration eucharistique (mais pas dans les églises paroissiales et sans ériger de nouvelles paroisses personnelles) ;

§ 3. établir à l’endroit indiqué les jours où les célébrations eucharistiques sont autorisées avec l’usage du Missel romain promulgué par saint Jean XXIII en 1962. [7] Dans ces célébrations, les lectures doivent être proclamées en langue vernaculaire, en utilisant les traductions de l’Écriture sainte à usage liturgique, approuvée par les Conférences épiscopales respectives ;

§ 4. nommer un prêtre qui, en tant que délégué de l’évêque, est chargé des célébrations et de la pastorale de ces groupes de fidèles. Le prêtre est apte à cet office, est compétent pour utiliser le Missale Romanum antérieur à la réforme de 1970, a une connaissance de la langue latine qui lui permet de bien comprendre les rubriques et les textes liturgiques, est animé d’une vive charité pastorale, et un sens de la communion ecclésiale. Il faut en effet que le prêtre responsable ait à cœur non seulement la célébration digne de la liturgie, mais le soin pastoral et spirituel des fidèles.

§ 5. dans les paroisses personnelles érigées canoniquement au profit de ces fidèles, il procède à une évaluation appropriée de leur utilité réelle pour la croissance spirituelle, et évalue s’il convient ou non de les maintenir.

§ 6. veillera à ne pas autoriser la constitution de nouveaux groupes.

Article 4. Les prêtres ordonnés après la publication de ce Motu proprio, qui ont l’intention de célébrer avec le Missale Romanum de 1962, doivent en faire la demande formelle à l’Évêque diocésain qui consultera le Siège Apostolique avant d’accorder l’autorisation.

Article 5. Les prêtres qui célèbrent déjà selon le Missale Romanum de 1962 demanderont à l’évêque diocésain l’autorisation de continuer à faire usage de la faculté.

Article 6. Les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique, érigés à l’époque par la Commission pontificale Ecclesia Dei, relèvent de la compétence de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique.

Article 7. La Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements et la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, pour les matières de leur compétence, exerceront l’autorité du Saint-Siège, surveillant l’observation de ces dispositions .

Article 8. Les normes, instructions, concessions et usages qui ne sont pas conformes aux dispositions du présent Motu Proprio sont abrogés.

Tout ce que j’ai délibéré avec cette Lettre Apostolique en forme de Motu Proprio , j’ordonne qu’elle soit observée dans toutes ses parties, malgré tout contraire, même si digne de mention particulière, et j’établis qu’elle soit promulguée par la publication dans le journal “L’Osservatore Romano”, entrant immédiatement en vigueur et publié par la suite dans le Commentaire officiel du Saint-Siège, Acta Apostolicae Sedis .

Donné à Rome, à Saint-Jean de Latran, le 16 juillet 2021 Mémoire liturgique de Notre-Dame du Mont-Carmel, neuvième de Notre Pontificat

FRANCESCO

____________________

[1] Voir CONC. ÉCUM. T.V.A. II, Constitution dogmatique. sur l’Église « Lumen Gentium », 21 novembre 1964, n. 23 : AAS 57 (1965) 27.

[2] Voir CONC. ÉCUM. T.V.A. II, Constitution dogmatique. Sur l’église « Lumen Gentium », 21 novembre 1964, n. 27 : AAS 57 (1965) 32 ; CONC. ÉCUM. T.V.A. II, décr. sur la mission pastorale des évêques dans l’Église “Christus Dominus”, 28 octobre 1965, n. 11 : AAS 58 (1966) 677-678 ; Catéchisme de l’ Église catholique , n. 833.

[3] Voir JEAN-PAUL II, Litt. App. Motu proprio datae « Ecclesia Dei », 2 juillet 1988 : AAS 80 (1998) 1495-1498 ; BENOÎT XVI, Litt. App. Motu proprio datae « Summorum Pontificum », 7 juillet 2007 : AAS 99 (2007) 777-781 ; Litt. App. Motu proprio datae « Ecclesiae unitatem », 2 juillet 2009 : AAS 101 (2009) 710-711.

[4] JEAN-PAUL II, Litt. App. Motu proprio datae « Ecclesia Dei », 2 juillet 1988, n. 5 : AAS 80 (1988) 1498.

[5] Voir CONC. ÉCUM. T.V.A. II, Constitution sur la liturgie sacrée « Sacrosanctum Concilium », 4 décembre 1963, n. 41 : AAS 56 (1964) 111 ; Caeremoniale Episcoporum , n. 9 ; CONGRÉGATION POUR LE CULTE DIVIN ET LA DISCIPLINE DES SACREMENTS, Instr. sur certaines choses qui doivent être observées et évitées concernant la Très Sainte Eucharistie « Redemptionis Sacramentum », 25 mars 2004, nn. 19-25 : AAS 96 (2004) 555-557.

[6] Cf. CIC , can. 375, § 1 ; pouvez. 392.

[7] Voir CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, Décret « Quo magis » sur l’approbation de sept nouvelles préfaces pour la forme extraordinaire du Rite romain, 22 février 2020, et le Décret « Cum sanctissima » sur la célébration liturgique à l’honneur des saints sous la forme extraordinaire du rite romain, 22 février 2020 : L’Osservatore Romano , 26 mars 2020, p. 6.

[01014-FR.01] [Texte original : italien]

L’article Le pape François supprime Ecclesia Dei, abroge Summorum Pontificum, et rallume la guerre liturgique est apparu en premier sur medias-presse.info.

Cet article vous a plu ? Medias-Presse-Info est une association à but non lucratif qui offre un service de réinformation gratuit et qui ne subsiste que par la générosité de ses lecteurs. Merci de votre soutien !

Print Friendly, PDF & Email